Une légende encore populaire

La légende se rapporterait précisément aux invasions scandinaves.


UN CHÂTEAU ET UN GRIMOIRE MAGIQUE

La légende des Oies de pirou

Quand les Normands, nos pères, vinrent faire la conquête de ce pays, ceux d’entre eux qui s’emparèrent de cette contrée furent longtemps arrêtés par le Château-Fort de Pirou.

Le jugeant imprenable, ils renoncèrent à l’enlever d’assaut et, pour le réduire par la famine, ils en entreprirent le blocus.

Après un siège interminable, ils constatèrent qu’un silence de mort régnait dans le château fort. Craignant un stratagème ils laissèrent passer un jour entier, puis le lendemain tentèrent l’escalade. Le château fort était désert.

Ils ne trouvèrent qu’un vieillard grabataire auquel ils promirent la vie sauve s’il leur disait ce qu’étaient devenus le Sire de Pirou, sa famille et sa garnison. Le vieillard leur expliqua alors qu’à l’aide d’un grimoire le Seigneur et toute sa maison s’étaient changés en oies sauvages pour échapper à leurs assaillants. Les Normands se rappelèrent en effet qu’ils avaient vu, la veille, au lever du jour, une quantité d’oies cendrées prendre leur essor au-dessus des remparts.

On sait que, dans les vieilles traditions populaires de Normandie, le sorcier qui s’est changé en bête doit, pour reprendre sa forme humaine, « délire », c’est-à-dire lire à rebours, la formule qui lui a servi à se « goubliner ».

Au bout d’un certain temps, les oies sauvages revinrent donc pour retrouver le grimoire qui leur permettrait de « délire » la formule de leur goublinage. Hélas, les Normands avaient brûlé le château fort et avec lui le livre de magie. Force leur fut donc de rester oies sauvages… Mais, depuis lors, elles reviennent chaque année au printemps avec l’espoir de retrouver le grimoire, et, sans l’avoir trouvé, elles repartent à l’automne.

De la légende aux faits réels

Le Grand Dictionnaire Historique de MorérI

Le Grand Dictionnaire Historique de Moréri (XVIIIe siècle), après avoir raconté la légende en citant les Mélanges d’Histoire et de Littérature de Vigneul-Marville (1699), ajoute : « Voilà le merveilleux, mais ce que l’on peut dire de certain c’est que dans la nuit du 1er mars, chaque année, des oies sauvages viennent reconnaître les nids que les habitants du château fort ne manquent pas de leur préparer au nombre de 18 ou 20, au pied des remparts, avec de la paille et du foin.rolex daytona rolex calibre 7750 116500 mens automatic 15mm

Quand tous les nids sont occupés, on en prépare encore 6 ou 7 autres au sommet des murailles, lesquels ne restent pas longtemps vides. Ces oies, dont on ne saurait s’approcher à moins de six cents pas qu’elles ne s’envolent, lors qu’elles sont dans les champs, cessant d’être sauvages « pour l’amour de leur hôte », lorsqu’elles sont au château, viennent manger le pain et l’avoine dans la main. Elles pondent en mars, couvent en avril, les petits éclosent en mai… »

Dans un exemplaire de l’édition de 1725, une note marginale portée en 1753 par Monsieur Ducanet dit ceci : « Depuis quelques années ces oyes ne paroissent plus, on est venu à bout de les détruire, à cause du grand dégât qu’elles faisoient dans les campagnes » (« campagnes » signifie au XVIIIe siècle : champs ouverts cultivés).

De la légende à l’histoire

Toute légende peut renfermer des détails qui se rattachent à l’Histoire

Le passage de ces oiseaux migrateurs est probablement à l’origine de la légende, mais le fait que celle-ci prétende se rattacher aux invasions scandinaves est vraisemblablement un élément de vérité non négligeable.

La légende était sans doute déjà bien vieille lorsque Robert de Pirou, au XIVe siècle, mettait un col d’oie comme cimier sur le heaume timbrant ses armoiries.

En 1975, dans le désir de réacclimater des oies cendrées qui, peut-être, auraient repris leurs migrations, la réserve ornithologique du Zwin, à la limite de la Belgique et de la Hollande, a bien voulu nous confier une quinzaine de sujets qui ont été lâchés sur les douves du château fort.

Malheureusement, les braconniers en ont exterminé une dizaine et il a fallu enlever les autres pour les mettre en sécurité, à l’abbaye de La Lucerne.

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